| Leurs enfants ont quitté l'éducation nationale, par Eric Viard |
| L'instruction
dans notre famille, comme alternative à l'école Notre fille ainée Eva a fréquenté avec 31 petits camarades les trois années d'école maternelle, certe principalement le matin. En maternelle, nous nous étions rendus compte que l'approche pédagogique de l'éducation nationale ne nous correspondait pas du tout, que la créativité était très limitée et qu'un grand nombre d'activités étaient logiques, cartésiennes et d'une certaine pauvreté. En 2003, Eva est allée au CP toujours à l'école du village, à 250 mètres de chez nous. L'année s'est déroulée cahin-caha, la découverte de la lecture a été une grande richesse pour elle, mais nous trouvions que l'enseignement était triste et rigide. Elle a eu deux semaines de contrôles et d'évaluations par trimestre, soit six semaines en tout et vivait très mal ces contrôles à l'âge de sept ans, il lui arrivait de se lever en pleurs à l'idée de ces contrôles qu'elle réussissait pourtant bien. Un jour elle nous a expliqué qu'elle en
avait "vraiment marre de faire du coloriage magique". C'est anecdotique mais je le relate ici parce que cette anecdote porte en elle toute la dimension de la pédagogie selon l'éducation nationale. Le coloriage c'est déjà pauvre en soi, mais si on a même pas le choix des couleurs alors, c'est vraiment prendre les enfants pour des moutons de panurge et pas pour des individus. Elle aurait pu par exemple profiter de son temps d'avance sur ses camarades pour aller aider ceux qui avaient des difficultés et apprendre ainsi la coopération et l'entraide plutôt que la compétition et le chacun pour soi. Elle aurait alors pu éprouver la joie d'aider un autre plutôt que de ressentir l'inutilité de ce coloriage, parce que cela s'est répété tout le long de l'année. Mais il n'y a pas de place pour cela dans une classe de 32 enfants. Un autre jour, l'école m'a téléphoné pour me dire qu'Eva avait fait pipi dans sa culotte. Cela m'a beaucoup surpris, mais en questionnant Eva, elle m'a expliqué qu'au delà de 2 ou 3 élèves, les autres n'avaient plus le droit d'aller aux toilettes, ni de boire de l'eau en classe s'ils avaient soif. Quel adulte accepterait ainsi un emploi où ses besoins physiologiques les plus élémentaires n'ont pas de place ? A Noël l'arrivée du premier bulletin trimestriel m'a consterné : Eva avait de bons résultats, et une moyenne de 9,43. Alors j'ai compris devant ce 9,43 que la course et la compétition était engagée à cet âge de sept ans et pour de nombreuses années. Cela s'est confirmé en fin d'année avec la nomination des "meilleurs élèves". Tout n'est pas noir bien sûr, mais pour moi la majorité du projet éducatif prend racine sur des bases qui ne me correspondent pas du tout, alors l'ensemble qui se construit à partir de cela me semble erronné. L'été 2004 a été riche en questionnements, en lectures et en interrogations par rapport à l'éducation nationale et à la fonction réelle de l'école pour mes enfants. Cette période de maturation m'a permis de
comprendre qu'un des objectif du système scolaire était
d'élever (ou plutôt de rabaisser d'ailleurs) des individus
dont le but serait de pérenniser la société dans
son fonctionnement actuel. J'ai aussi compris que mes enfants n'auraient pas de place dans ce système en temps qu'individus avec un rythme et des besoins spécifiques. Ils seraient seulement la partie d'un groupe auquel il faudrait se conformer et se formater sans faire de vagues.
La rencontre nationale de l'association "Les
enfants d'abord" se déroulait fortuitement à
une heure de chez nous cette année. Nous avons décidé
de nous y rendre. La rencontre avec d'autres parents non scolarisant,
la rencontre avec des adolescents jamais scolarisés qui m'ont ému
et surpris pour leur intégrité, leur spontanéité
et leur respect, le fait de pouvoir verbaliser nos peurs et nos doutes
ont finalement balayé notre indécision. Nous avons alors
laissé le choix à nos enfants de faire la rentrée
à l'école ou à la maison. Et leur choix s'est porté
sur la maison, sans aucune hésitation, vu les souffrances rencontrées
l'année précédente, pour Eva du moins. Après quelques hésitations initiales, nous avons adopté une instruction "semi-formelle" en nous concentrant sur les mathématiques et le français, le reste des matières passant par osmose ou en fonction des demandes du moment, avec des supports empruntés à la bibliothèque ou des documents trouvés sur internet. Pour ce qui est des mathématiques, matière que j'ai excécré pendant toute ma scolarité, nous avons trouvé grâce à d'autres parents qui l'utilisent, une méthode québéquoise "Défi math" gratuite envoyée régulièrement par e-mail. Cette méthode est vraiment merveilleuse
pour moi, ma fille qui n'aimait pas du tout les maths non plus en réclame
désormais, et c'est un moment que nous partageons avec plaisir. Robert Lyons, l'auteur de cette méthode indique : "Vous êtes la seule personne qui doit apprendre quelque chose durant ces activités. Observez, questionnez et écoutez pour que vous appreniez et non pour faire apprendre". Pour finir, je peux dire que ces quelques premiers mois d'instruction en famille ont été d'une grande richesse pour nous cinq, les journées sont denses et parfois difficiles, mais j'ai une joie infinie à voir mes trois enfants grandir et évoluer à leur rhytme. Eva a d'ailleurs commencé à apprendre la lecture et l'écriture à Jean ! |
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Sources
La page d'Eric Viard : http://www.eco-bio.info/homeschooling.html