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Le témoignage de Véronique d'Auvergne

Partie 3 - Novembre 2012 - 5 ans plus tard...

En 2007 ayant recomposé un nouveau foyer, je témoigne de l’évolution de notre projet l’achat de terrain (17 ha), constitution de troupeau (chèvres, brebis, vaches, rucher, poulailler...) l’agrandissement des cultures plein air et mise en place de serres...
En 2008 nous arrivons au top de l’autonomie alimentaire, avec 7 chèvres, 2 vaches, 5 ruches, 30 poules, 10 brebis notre nourriture abonde de fromages, yaourt, beurre, miel, crème, fromage blanc, œufs, viandes.... en plus des nombreux légumes toute l’année.

Aujourd’hui en 2012, 5 ans plus tard, j’ai envie de partager sur ce site, avec vous, la suite de notre projet.

Après la naissance d’un 4ème enfant (né a la maison), c’est le débordement qui nous happe.
À force de trop faire on fait mal !
Plusieurs postes de nos productions sont à l’abandon, ou bâclés Le troupeau de chèvre a nettement diminué (puis de nouveau augmenté il y a peu), le poulailler ouvert à tout vent régale les renards, les ruches ne sont plus récoltées depuis plusieurs années, l’herbe se perd par faute de temps pour faucher...

En fait, la gestion du quotidien prend tout notre temps les 3 mois de végétation l’éducation et l’instruction scolaire de 4 enfants, la gestion quotidiennes des repas pour 6 (minium), l’entretien de la maison, le soins des animaux, les transformations quotidiennes de produits laitiers, la fabrication du pain, la soupe des chiens, les cuisons au feu de bois et tous les imprévus qui se rajoutent.....
Tout ceci fait que nos journées se succèdent les unes derrières les autres en ne nous laissant que peu de temps pour travailler sur la mise en place de notre projet (par exemple les clôtures, les constructions) et bien sur encore moins de temps pour des temps de loisirs ou simplement des temps de repos !
L’hiver nous permet un peu plus de souffler, mais les journées de travail d’été et d’automne se terminent toujours trop tard.
Le matin nos corps sont déjà fatigués (comme si nous avions monté le sommet d’une montagne pendant la nuit ) et le soir nous sommes plus ou moins hors service Une fatigue qui dure depuis plusieurs années.
L’hiver, le rythme est moins soutenu mais certaines période de grand froid sont aussi difficiles car le gel, le vent, la neige peuvent compliquer grandement certaines situations.

Cela fait maintenant 14 années que j’ai investi ce lieu et finalement les projets avancent à pas d’escargot alors que nos corps, eux, vieillissent à pas de lièvre !
Mon ressenti c’est que en 5 années nos corps ont vieilli de 10 ans !

Bien sur il y a eu beaucoup d’évolution :

  • Un enclos de 2 hectare sécurisé pour les chèvres, la construction d’un bâtiment d’élevage, des clôtures pour les vaches, la construction d’une fromagerie en cours... Et puis n’oublions pas 4 « beaux » enfants, tous en forme, en bonne santé.
  • Après avoir passé plusieurs années à courir après les troupeaux et en particulier les chèvres, nous découvrons le chien de troupeau border collie, une vraie merveille qui va nous permettre enfin de pouvoir mener les chèvres là où bon nous semble et d’arrêter de courir dans les pentes...
  • Après avoir porté de nombreux litres d’eau chaude pour les bains, ce qui est tout a fait possible pour 3 ou 4 personnes mais devient une charge importante pour 6, nous profitons, uniquement lorsque le soleil se montre, des douches solaires grâce à des capteurs solaire.
  • Une installation photovoltaïque nous rends autonome sur 2 jours en électricité.

Mais il y a encore tellement à faire...
notre travail en est d’autant plus pénible car nous travaillons depuis trop d’années avec des situations provisoires qui font que les conditions de travail et de vie sont difficiles...
C’est en fait l’accumulation de tout un tas de petites choses qui nous rend la vie pénible.
Faute de moyens, faute de bras... ?

Aujourd’hui j’en arrive à la conclusion qu’il est vraiment difficile de vivre de façon harmonieuse l’autonomie alimentaire à l’échelle d’une famille.
Il m’apparaît évident que cette vie doit réunir plus de 2 adultes au travail.
Peut être que 2 adultes, sans enfant, avec en poche plusieurs 100 000 euros y arriveraient mieux que nous ?

Après 2007 nous avons peu a peu agrandi la ferme et les troupeaux (3 vaches, 8 chèvres, 20 brebis, 50 poules...) J’ai pris un statut d’agriculteur certifié en agri bio, afin de pouvoir vendre un peu de produits mais aussi pour profiter des aides agricoles qui permettent actuellement de couvrir les frais de fonctionnement de notre ferme .

Nous avons tenté de rentrer dans une démarche de production pour vendre, mais bien que les clients soient présents et demandeurs de nos produits, nous n’arrivons pas à dégager le temps nécessaire pour augmenter notre production.
Nous revenons vers une structure plus familiale, mais pour être solide et pour pouvoir compter dessus il faut un peu surélever la production et donc maintenir un nombre effectif d’animaux supérieur à nos besoins (ce qui permet de prévoir les dégâts de rats taupiers, le coup de gel inattendu, la vielle chèvre qui nous lâche, la mort accidentelle d’une vache...)

Après avoir essayé la traction animale, avec des ânes puis un cheval pour sortir du bois essentiellement, nous renonçons (pour le moment) à cette formule qui demande trop de disponibilité et envisageons de perfectionner notre matériel (achat d’un tracteur 4 roues motrices plutôt que 2)

Les difficultés hivernales sont toujours importantes, en particulier l’eau qui gèle l’hiver cela se résout assez facilement pour une vie à 3 ou 4 personnes mais lorsqu’il s’agit de faire boire 3 vaches 8 chèvres et 20 brebis, c’est 200 litres d’eau qu’il faut porter à la main dans les pentes tous les jours !

Aujourd’hui ma conclusion est la suivante :

  • à l’échelle de 2 adultes, il n’est pas possible de mener de front de façon harmonieuse
  • l’autonomie alimentaire,
  • un projet professionnel,
  • l’instruction en famille et l’éducation respectueuse de 4 enfants un style de vie rustique qui se veut simplicité volontaire... même avec ce que n’avaient pas nos anciens, la tronçonneuse, le tracteur, la machine a laver...

Aujourd’hui et depuis plusieurs années, tout ceci me questionne beaucoup et me laisse sans solution.
Je pense souvent à nos ancêtres et me demande vraiment comment la vie était possible et pourtant, je me sens privilégiée à eux, je bénéficie de confort matériel qu’ils n’avaient pas, de nourriture diversifiée qu’ils n’avaient pas, mais je crois qu’ils avaient des choses précieuses que nous n’avons pas.
Ils avaient la force de travail que représentait toute la communauté humaine d’une ferme, ils avaient aussi un outil de travail transmis de génération en génération prêt à fonctionner (les bâtiments, les troupeaux, les outils...)

Pour moi il n’existe pas d’autres styles de vie possible que celle que j’ai dans les tripes et malgré toutes les difficultés à surmonter, la vie que je méne est la plus épanouissante pour moi.

Que ce témoignage vous donne la force de surmonter les nombreuses manipulations qui tentent de vous éteindre.
Que les forces qui sont en vous se réveillent.
Vivez les belles choses qui sont au fond de vous !

Véronique

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